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Un siecle de sionisme

Aliyah
par Nili Kadary



Introduction - alya : le mot et sa signification

Alya (au pluriel alyoth) signifie "ascension" or "montée". Ce terme désigne l'immigration des Juifs venus, individuellement ou en groupes, de la Diaspora pour vivre en Eretz Israël, sur la Terre d'Israël. Celui qui "monte" dans ce but est appelé oleh (au pluriel olim), mot que l'on trouve dans la Bible à propos de la sortie d'Egypte des Hébreux (Gen 50:14 Nb 32:11), puis, plus tard, à propos du retour des captifs de Babylone (Esd 2:1-59 et Ne 5-6). La proclamation de Cyrus, roi de Perse, en 538 a.C.n. : "S'il est parmi vous quelqu'un qui appartienne à son peuple, - que son Dieu soit avec lui, pour qu'il monte à Jérusalem" (Esd 1:3, IICh 36:23) - a été utilisée comme mot de passe pour alya .

C'est l'alya qui a permis de recréer un Etat juif en Eretz Israël après l'exil de Babylone, et qui a fourni à la communauté certains des ses maîtres spirituels les plus éminents pendant la période du Second Temple. Par la suite, elle a préservé et renouvellé la présence juive en Eretz Israël pendant les périodes byzantine, arabe, mameluke, and ottomane. C'est elle, enfin, qui a permis la création de l'Etat d'Israël à notre époque.

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L'alya pré-sioniste, à partir du Second Temple

L'alya jusqu'à la conquête arabe

A l'époque du Second Temple, nombreux sont les Juifs qui immigrent en Eretz Israël. L'alya, principalement celle des lettrés de Babylone, se poursuit même après la destruction du Second Temple (70 p.C.n.), jusqu'en 520 p.C.n., lorsque Mar Zutra, descendant de l'exilarque de Babylone, s'installe à Tibériade, où il est nommé chef de l'Académie talmudique.

De la conquête arabe à la conquête ottomane

On trouve peu d'informations sur l'alya des siècles qui suivent la conquête arabe (636 - 638). Au 11ème siècle, on assiste à l'arrivée de personnalités importantes : Salomon ben Judah, venu du Maroc, qui dirigera les académies talmudiques de Jérusalem et de Ramleh; et le nassi Daniel beb. Azariah, un descendant des exilarques de Babylone. A la fin du 12ème siècle, un plus grand nombre de Juifs d'Afrique du Nord immigre, fuyant les persécutions dans leur pays d'origine.

Les pogromes subis par les Juifs d'Europe contribuent aussi à l'alya. L'arrivée la plus importante est celle des "300 rabbins français et anglais", qui montent en Eretz Israël en 1210-1211. Vers 1260, un plus grand nombre d'immigrants vient de ces pays. Le nouveau venu le plus célèbre de ce siècle est Nahmanide, en 1267; on dit que depuis son arrivée la présence juive a été ininterrompue à Jérusalem.

A la fin du 13ème siècle, l'alya connaît une interruption, provoquée par les combats acharnés qui opposent les Croisés aux Musulmans. Au 14ème siècle, les Juifs viennent d'Espagne et d'Allemagne, puis d'Italie au15ème siècle, où sont aussi mentionnées des arrivées en provenance d'Iraq, de Perse, des Indes, de Chine, du Yemen et d'Afrique du Nord.

De la conquête ottomane (turque) aux Hovevei Tsion

La conquête ottomane, en 1516, est suivie par l'alya de nombreux juifs venus d'Orient, de Sicile, d'Italie, de France et d'Allemagne, ainsi que des réfugiés des expulsions d'Espagne et du Portugal. Certains s'installent à Jérusalem, mais la plupart vont vivre à Safed. Les immigrants d'Afrique du Nord jouent un rôle notoire dans cette vague d'alya.

Le rayonnement de la Kabbale à Safed attire de nouveaux immigrants, tout au long du 16ème siècle. En 1700, un groupe de 1,500 juifs d'Europe orientale, conduit par Rabbi Judah He'hassid, s'installe à Jérusalem. Au milieu du 17ème siècle, il y a une importante immigration de Juifs originaires de Turquie.

La fin du 18ème siècle marque le début de l'immigration des hassidim, qui font de l'alya un des principes de leur enseignement. La première arrivée de hassidim organisés, conduits par les disciples du Ba'al Shem Tov, a lieu en 1764, et elle sera suivie par d'autres vagues au cours des générations suivantes. En 1808, les Perushim, disciples du Gaon de Vilna, viennent eux aussi fonder une communauté à Jérusalem.

En 1830 débute l'alya en provenance d'Allemagne, et l'on note aussi une immigration assez importante venue de Hollande et de Hongrie. Au cours du 19ème siècle, on assiste à l'arrivée de Juifs venus des pays orientaux : Turquie, Afrique du Nord, Iraq, Perse, Bukhara, Kurdistan, Afghanistan, Caucase et Yemen.

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Four working girls in Eretz IsraelL'alya sioniste précédant la création de l'Etat (1881-1948)

La Première alya (1882 - 1903)

Le début du retour des Juifs en Eretz Israël à partir de 1881, qui pose les fondements de l'Etat d'Israël, est dû à trois facteurs différents :

  • l'amour ancestral des Juifs pour leur patrie historique,
  • la vague des pogromes en Russie,
  • les efforts d'une minorité active, convaincue que le Retour à Sion est la seule solution au problème juif.

La Première alya consiste en individus et en petits groupes, inspirés par les mouvements Hibath Tsion et Bilou, qui créent les premières localités agricoles, les moshavoth (voir moshava). Quelques 25,000 immigrants, principalement en provenance d'Europe de l'Est, viennent à cette période, en deux vagues principales : 1882 - 1884 et 1890 - 91.

Jusqu'en 1903, période dite de la "Première alya", 28 implantations agricoles ont été fondées, et 90,000 acres de terre ont été achetés. C'est aussi le début de l'implantation urbaine, particulièrement à Jaffa, ou 3,000 nouveaux arrivants ont établi leur foyer. L'hébreu est à nouveau une langue vivante (voir Ben Yehuda, Eliezer), et les premières écoles primaires parlant hébreu commencent à fonctionner. Toutefois, la culture française, propagée par l'Alliance Israélite Universelle et l'administration du baron de Rothschild (voir Edmond de Rothschild) est très largement répandue.

A la fin de cette période, l'esprit pionnier commence à s'émousser devant l'ampleur des difficultés, et le pays connaît un temps de stagnation. Un point tournant se dessine en 1904, avec le début de la Seconde alya.

La Seconde alya (1904 - 1914)

Le découragement provoqué par l'échec des premières implantations, les controverses au sein du Mouvement Sioniste sur la question de l'Ouganda, et la mort de Herzl en 1904, font bientôt place à une renaissance de l'enthousiasme pionnier qui mène à la Seconde alya. Cette nouvelle vague commence avec le pogrome de Kishinev en 1903.

La Seconde alya est composée de jeunes hommes et femmes, principalement originaires de Russie, et acquis aux idées socialistes. Ils sont guidés par une idéologie nationale plus consciente et plus consistante, et, de plus, ils sont portés par la volonté de poser les fondements d'une Union des Travailleurs en Eretz Israël.

Les jeunes pionniers de la Seconde alya travaillent en général comme ouvriers salariés dans les localités agricoles ou dans les villes. Ils créent les deux premiers partis travaillistes juifs : le Po'alei Tsion, fondé sur la philosophie politique de Ber Borochov, et le Ha'Poel Hatsaïr, qui est influencé par la pensée de A.D. Gordon. C'est aussi leur initiative qui mène à la création de la première kevoutsa (voir kiboutz). En 1909, ils prennent part à la fondation de la première ville entièrement juive, Tel Aviv. Ces pionniers participent aussi activement aux débuts de l'organisation juive d'auto-défense, et créent l'association de gardes Hashomer. Ils introduisent la langue hébraïque dans tous les domaines de la vie, et contribuent à la fondation d'une presse et d'une littérature en hébreu.

Cette vague d'alya, qui comporte environ 40,000 immigrants, est interrompue par l'éclatement de la première guerre mondiale.

La Troisième alya (1919 - 1923)

La Troisième alya, à partir de 1919, est partiellement une continuation de la seconde, interrompue par la guerre. L'impulsion renouvellée --produite à la fois par la révolution russe, les pogromes en Ukraine et l'influence des mouvements nationalistes européens-- coïncide avec un nouvel espoir provoqué par la Déclaration Balfour et la conquête britannique de la Palestine. La possibilité d'émigrer aux U.S.A. est encore réelle, aussi la plupart de ceux qui choisissent de partir pour Israël le font donc en vertu de convictions sionistes authentiques.

La Troisième alya comporte 35,000 immigrants : 53% sont originaires de Russie, 36% de Pologne, et le reste, de Lituanie, de Roumanie, et d'autres pays d'Europe orientale, ainsi que 800 personnes venues d'Europe occidentale et centrale. La plupart des nouveaux venus sont membres des mouvements Hehaloutz de Russie et de Pologne, et Hahomer Hatsaïr de Galicie.

Ces pionniers constituent une force créative, qui transforme la communauté juive de Palestine. Avec leurs prédécesseurs de la Seconde alya, ils fondent la Histadrouth, le syndicat des travailleurs, et occupent une place de premier plan dans la Hagana, l'organisation de défense. Ils fournissent des travailleurs pour la construction d'habitations et de routes, et pour les premiers établissements industriels; ils renforcent l'agriculture juive naissante. La Troisième alya agrandit aussi la carte de l'implantation juive, en fondant de nombreux kiboutzim (voir kiboutz) et moshavim (voir moshav).

La Quatrième alya (1924 - 1928)

Au milieu de 1924, survient une nouvelle vague d'immigration, différente de la précédente par sa structure sociale : elle comporte moins de pionniers (principalement à cause des restrictions pour le départ imposées par le régime sioviétique en Russie), et plus de Juifs des classes moyennes --boutiquiers et artisans-- venus principalement de Pologne.

Cette immigration a pour cause deux phénomènes :

  • la récession en Pologne, et les restrictions économiques imposées aux Juifs polonais;
  • les limitations sévères de l'immigration aux U.S.A., introduites en 1924.

La plupart des nouveaux arrivants n'ont aucun désir de changer leur mode de vie, et s'installent dans les villes, surtout à Tel Aviv. Ils investissent leur modeste capital dans des ateliers et des usines, de petits hôtels, des restaurants et des boutiques, mais surtout dans le bâtiment. C'est aussi une période développement agricole important sur la plaine côtière, où sont fondées de nouvelles localités dont les membres se consacrent à la culture des agrumes.

La Quatrième alya comporte 67,000 immigrants, la moitié d'entre eux venus de Pologne. Cependant, en 1926, cette vague est freinée par une grave crise économique en Palestine. Plus de la moitié des 13,000 immigrants arrivés en 1926 quitte le pays. En 1927, plus de 5,000 personnes quittent le pays, alors que 2,300 seulement viennent s'y installer. En 1928, le nombre des arrivées est le même que celui des départs : environ 2,000 personnes. Les premiers signes de reprise économique se font sentir en 1929, avec la reprise de l'alya.

La Cinquième alya (1929 - 1939)

La Cinquième alya apporte plus de 250,000 juifs et transforme la communauté juive. Elle commence au compte-goutte en 1929, mais en1933, lorsque Hitler prend le pouvoir en Allemagne, ce filet devient un flot. Pendant la période 1933-36, plus de 164,000 juifs entrent légalement en Palestine, tandis que des milliers de réfugiés viennent comme immigrants "illégaux" (voir immigration illégale).

Les Juifs allemands et autrichiens --plus d'un quart des immigrants-- apportent une contribution importante aux progrès du pays. Ils constituent la première vague importante venue d'Europe occidentale et centrale. La majorité d'entre eux (80%) s'installe dans les villes, et leurs talents comme leur expérience produisent un accroissement des normes commerciales et industrielles, ainsi qu'une amélioration de l'urbanisme. Plus de la moitié des nouveaux arrivants établissent leurs foyers à Tel Aviv. A Haïfa, la construction du premier port moderne du pays est achevée en 1933, tandis qu'à Jérusalem, les quartiers juifs connaissent une expansion sans précédent.

Une proportion relativement élevée des immigrants venus d'Allemagne et d'Autriche pratique la médecine ou une profession universitaire; ils fournissent le plus grand nombre des musiciens qui forment le nouvel Orchestre Philharmonique. 20% de ces immigrants contribue à la création de nouvelles localités agricoles, moshavim et kiboutzim. En 1933, débute un nouveau type d' immigration, appellé Alya des Jeunes.

A la veille de la seconde guerre mondiale, la population juive de Palestine comprend 475,000 habitants, ce qui représente 40% environ de la population du pays.

L'immigration "illégale" - (ha'apalah ou alya beth) (1934-1948)

Ha'palah signifie l'immigration clandestine des Juifs en Eretz Israël. Ce type d'immigration débute sous le pouvoir ottoman (turc). A partir de 1882 , les Turcs interdisent aux Juifs d'Europe de l'Est de s'installer en Palestine, sauf rares exceptions. Sous le Mandat britannique (1918-1948), les quotas d'immigration fixés par l'Administration britannique (1916-18), puis par l'Administration mandataire de Palestine, sont loins de constituer une réponse au nombre croissant des pionniers, qui cherchent à s'implanter dans le pays, et des Juifs qui fuient l'antisémitisme et les persécutions.

La montée d' Hitler au pouvoir accroît l'urgence de l'alya. En 1934, on effectue la première tentative d'organiser l'immigration clandestine par voie maritime. Le mouvement Hehaloutz frète le bateau grec Vellos", et, avec l'aide des membres de la Hagana, fait débarquer environ 350 immigrants "illégaux", les ma'apilim. Dans les années 1937-1939, le Mouvement Révisionniste et les groupes du Betar font partir plusieurs navires, transportant des milliers d'immigrants.

En 1938, la Hagana crée le Mossad, "l'Organisation pour l'Immigration illégale"; il est dirigé par Shaül Avigur. Pendant la seconde guerre mondiale, l'immigration légale est extrêmement réduite. D'autre part, la Marine britannique surveille constamment les bateaux de réfugiés qui tentent de gagner les côtes de Palestine; certaines embarcations sont bombardées quand elles s'aprochent de la terre; d'autres sont renvoyées au large; trois d'entre elles coulent. Il n'y a que 21 bateaux qui terminent le voyage, transportant environ 15,000 réfugiés.

Pendant les années de guerre, le Mossad organise aussi l'immigration clandestine par voie de terre, principalement à travers le Moyen Orient. Après la guerre, il lance de grandes opérations, par lesquelles les immigrants, pour la plupart des survivants de la Shoa, sont conduits secrètements jusqu'aux rivages d' Italie, de France, de Roumanie, de Yougoslavie et de Grèce. Entre 1945 et 1948, on compte 65 navires chargés d'immigrants "illégaux", qui s'embarquent pour la Palestine. Presque tous sont interceptés par les Anglais, qui transfèrent leurs passagers au camp de détention d'Atlit. A partir d'août 1946, ils commencent à déporter les immigrants vers les camps de Chypre. Le combat pour le droit à l'immigration libre atteint son sommet en juillet 1947, avec le voyage de l'Exodus.

Entre 1934 et 1948, quelque 115,000 ma'apilim sont amenés en Palestine, au mépris des restrictions britanniques, tandis que 51,000 autres sont internés dans les camps de Chypre, et ne seront admis dans le pays qu'après l'indépendance d'Israël.

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Note: Picture taken from "Junior Judaica, Encyclopedia Judaica for Youth" CD ROM by C.D.I. Systems 1992 (LTD) and Keter, Jerusalem, Israel


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Edition française : Barbara Weill

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dimanche 21 mars 2010 Tous droits réservés à l'Agence Juive יום ראשון ו' ניסן תש"ע