Né à Bobrouïsk, petite ville de Biélorussie, il est fils d'un sioniste, et sa famille comporte des membres du parti socialiste-révolutionnaire, ainsi que des bundistes socialistes marxistes antisionistes. Témoin de la révolution russe avortée de 1905, de menaces de pogromes, de perquisitions policières, du congrès sioniste russe de 1902, de menées et d'actions clandestines socialistes, il cherche sa voie jusqu'à ce qu' il arrive en Palestine, en 1908. Après avoir occupé divers emplois près de Petah-Tikva, où il réside en compagnie d'Aharon David Gordon et du romancier Yossef Haïm Brenner, il rejoint la ferme de Kinereth. Il devient vite le porte-parole de sa communauté dans des négociations sur l'autogestion ouvrière qui mèneront à la fondation du Mouvement kibboutzique.
Son éloquence et son ton persuasif, oralement et par écrit, font de lui un tribun, et le principal publiciste de la presse ouvrière (Hapoël Hatzaïr, A'hdouth). Homme d'initiatives, c'est lui qui propose en pleine guerre 1914-1918, la création d'institutions d'approvisionnement dont est issu la chaîne de magasins Hamashbir, ou encore d'une caisse d'assurance-maladies. Il est aussi de ceux qui, à l'initiative de Trumpeldor, poussent à la création de la Histadrouth (le syndicat).
Il fonde le journal Davar, qui devient "son journal" à partir de 1925. Par son article de fonds quotidien, il est en quelque sorte le maître à penser de la majorité ouvrière. Aux époques de crise et de lutte, c'est lui, souvent, qui exprime le sentiment de tous, socialistes ou non, et même les révisionnistes le respectent, tandis que les religieux s'étonnent de sa profonde culture juive. Berl est aussi le fondateur de la société d'édition ouvrière Am Oved.
Le Mouvement kibboutzique, qu'il avait aidé à faire naître, était son enfant favori, et il se considérait toujours comme lié au kibboutz Kinereth, son lieu de prédilection. Mais, il était déchiré par sa fonction de journaliste, d'homme de parti et de politique, ses activités littéraires et éducatives, d'autre part, il souffrait de la division interne existant au sein du Mouvement ouvrier.
Contrairement à Weizmann et à Ben-Gourion, il s'oppose en 1939, au partage de la Palestine, proposé au gouvernement britannique par la Commission royale Peel. En fait, son activité débordante, les frictions internes au sein du Mouvement ouvrier qu'il dirige avec Ben-Gourion, les nouvelles angoissantes venues de l'Europe occupée par les nazis, le tout ensemble ont raison de lui.
Le 15 août 1944, Berl meurt à Jérusalem. Le deuil est na-tional et partagé par tous, partisans et adversaires politiques réunis. A sa demande, Berl Katzenelson est enterré près de la tombe de la poétesse Ra'hel au cimetière de Kinereth qui allait devenir le cimetière central des maîtres à penser du sionisme socialiste.
Sa perte est irremplaçable : si Ben-Gourion continue à être l'homme d'action, Berl, en tant que maître à penser, ne sera jamais remplacé. Il était la conscience d'un mouvement qui devint une pleine réussite matérielle, et ce sont encore les douze volumes de son oeuvre, ainsi que les deux volumes de ses lettres qui restent l'aiguille d'une boussole maintes fois mise à l'épreuve pour un vaisseau qui connut plus que souvent la tempête. Et ce n'est pas peu son profond judaïsme qui rappelle comment appliquer ce qu'il appelait dans la ligne de Syrkin, le "constructivisme révolutionnaire".
Les centres d'études Ohalo, près de Kinereth, et Beith Berl près de Kfar Saba, sont les hauts lieux où se poursuit son oeuvre de renouveau social dans un esprit juif.
Source : Voir Israël, vivre Israël, Eliahou Eilon, Département Jeunesse et Hehaloutz, 1984.